Plus d’un an après le début des troubles, une évaluation s’impose. Depuis le début de la crise, en mars 2011, les groupes armés tentent de reproduire, sans succès, le modèle libyen à travers la création d’un "Benghazi" syrien tour à tour à Deraa, Jisr al-Chaghour, Tal Kalakh, Deir Ezzor, et finalement à Homs.
L’espoir de renverser dans de brefs délais le régime syrien s’est estompé après la bataille de Baba Amro, qui a constitué un tournant dans la crise. Ce fiasco militaire, précédé par deux doubles vetos sino-russes au Conseil de sécurité de l’ONU, contre des projets concoctés unilatéralement par l’Occident, ont brisé l’espoir des pays occidentaux et de leurs alliés arabes, anciens et nouveaux (les islamistes), de bouleverser les équilibres régionaux et internationaux, d’endiguer l’influence grandissante de l’Iran et surtout, de contenir la Russie et la Chine. Ces deux superpuissances remettent aujourd’hui en cause l’ordre unipolaire américain. Le régime syrien en est sorti renforcé et rien n’indique qu’il soit sur le point de tomber.
C’est dans ce contexte qu’intervient le plan de Kofi Annan, qui, en reconnaissant implicitement la légitimité de l’État syrien et l’existence de milices armées au sein de l’opposition, souscrit désormais aux positions russo-chinoises. Pour les partisans du changement de régime, la mission de Kofi Anan permet de dissimuler leur échec et donne l’impression qu’ils dominent toujours la scène internationale.
Le soutien américain et européen au plan de Kofi Anan, ainsi que le refus des responsables occidentaux de l’armement de l’opposition, reflètent le repli occidental. Pendant cette trêve, Washington et Paris sous-traitent le dossier syrien à leurs alliés turc, qatari et saoudien, qui déclarent officiellement leur soutien politique et militaire aux milices de l’opposition.
Les insurgés armés espèrent tirer avantage du plan de l’ONU en exerçant des pressions sur le pouvoir pour le contraindre à respecter seul le cessez-le-feu, réitérant ainsi le scénario qui a suivi la mission des observateurs arabes. Mais cette fois-ci, l’armée syrienne l’a dit haut et clair : elle n’abandonnera pas le terrain et ne se retirera pas des villes, pour les remettre aux groupes armés.
Dans ce contexte, l’avantage militaire et internationale demeure nettement en faveur du pouvoir. Et l’appel lancé par le déserteur, le général Moustapha Ahmed Al-Cheikh, pour l’intervention en Syrie d’une "alliance militaire" sans l’aval de l’Onu, est un signe qui ne trompe pas de la faillite de l’opposition.
Revue de presse
Al Akhbar (Quotidien libanais proche de la majorité - 17 avril 2012) - Nasser Charara
Une source diplomatique à New York a révélé que Paris a pris la tête d’une intense activité au Conseil de sécurité, loin des projecteurs, pour faire participer la Finul, déployée au Liban-Sud, dans des missions liées au projet de sécuriser des couloirs pour acheminer des aides humanitaires en Syrie. Des instructions ont été récemment données au commandement de la Finul, à Naqoura, afin qu’il s’informe si les aéroports de Riyak et de Kléat sont habilités, sur le plan logistique, à être mis en service, et sur leurs capacités à accueillir des aides humanitaires.
Le diplomate a précisé que des pays arabes, qui collaborent avec la France sur ce projet, ont proposé de choisir un des deux aéroports comme point de rassemblement des aides arabes et occidentales, sous la supervision des Nations unies, avant qu’elles ne soient distribuées aux réfugiés syriens à l’intérieur de la Syrie ou à la frontière libano-syrienne. Cela correspond aux conditions posées par l’Arabie saoudite sur la nécessité de s’assurer de l’existence d’un couloir sûr pour les aides, sans quoi la décision de geler l’envoi des aides humanitaires en Syrie ne sera pas levée. Les pays membres du Conseil de coopération du Golfe ont envoyé des signaux sur leur préférence pour les passages libanais dans la distribution de l‘aide, sous l’égide des Nations unies, qui auraient recours à une force de la Finul.
Le diplomate en question souligne que la proposition saoudienne et la demande française sont incompatibles avec les missions de la Finul telle que définies par la résolution 1701. Il met en garde contre le fait que le but de ce projet serait de créer un fait accompli s’inscrivant dans le cadre des efforts permanents visant à modifier les règles d’engagement de la Finul au Liban.
Al Akhbar (Quotidien libanais proche de la majorité - 20 avril 2012) - Ibrahim el-Amine
La guerre régionale et internationale visant à renverser le président syrien Bachar el-Assad a échoué. Elle a cédé la place à une guerre d’usure où toutes les armes sont permises : blocus financier et économique, affaiblissement de l’État, appui aux activités armées contre l’État et ses institutions militaires, sécuritaires et civiles, mobilisation confessionnelle et sectaire sans précédent. Les parties qui soutiennent le projet de renversement de Bachar el-Assad se comportent comme si elles étaient capables de bouleverser la donne dès qu’elles le décident. Mais elles oublient qu’elles n’ont aucune influence véritable et qu’elles sont réduites à se contenter de faire des déclarations ou de publier des communiqués.
Ces nouvelles réalités doivent faire primer le pragmatisme politique, qui doit amener les Libanais plus particulièrement, à envisager la période qui suivra le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad, au lieu d’échafauder des projets concernant la période post-Assad.
New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf (*)
Tendances de l’Orient No 80, 23 avril 2012.
(*) Chercheur au Centre d’Études Stratégiques Arabes et Internationales de Beyrouth.