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Un article de Khalid Amayreh
Les États-Unis sont responsables de la farce électorale égyptienne

Il ne fait aucun doute que les Etats-Unis sont au moins moralement responsables de la scandaleuse farce électorale qui a eu lieu en Egypte le 28 novembre. L’insolente falsification de la volonté du peuple égyptien ne serait pas arrivée si le régime de Moubarak ne s’était pas acoquiné avec les Etats-Unis.

1er décembre 2010 | - : Egypte Etats-Unis

Avec une participation n’excédant pas 10 à 15% des électeurs, les élections ont été décrites comme "effrontément frauduleuses" et "probablement les plus frauduleuses de l’histoire de l’Egypte."

Les élections n’ont pas été entachées d’un petit nombre d’irrégularités. Au contraire, le régime a eu recours à toutes les méthodes concevables illégales, voire criminelles, pour intimider et effrayer les électeurs soupçonnés de voter pour l’opposition, en particulier les Frères musulmans.

Selon des sources indépendantes, le régime a eu recours à la fraude généralisée, entrave des observateurs indépendants voulant entrer dans les bureaux de vote, bourrage des urnes et achat des votes pour assurer la victoire des candidats pro-régime.

Dans certaines régions, on a vu les candidats du gouvernement distribuant de l’argent et de la nourriture aux électeurs près des bureaux de vote.

De plus, le vote de dimanche a vu davantage qu’une violence sporadique. On a vu les baltagiya pro-régime, ou bandes de jeunes gens pratiquant l’intimidation, traîner près des bureaux de vote pour faire peur aux partisans des Frères. L’Associated Press a cité une femme disant que "les gens ont peur de quitter leurs maisons. Tout le monde a peur des voyous."

Un autre cairote a dit que "ce serait une insulte au langage d’appeler élections ce qui est en train de se passer."

Selon une coalition d’observateurs locaux et internationaux des droits de l’homme, les élections "ont manqué de transparence et ont été entachées de fraude généralisée."

En plus de l’atmosphère de crainte et de terreur entretenue par les forces de sécurité et les voyous civils du régime, des observateurs indépendants appartenant à des groupes pour les droits de l’homme ont été empêchés d’entrer dans les bureaux de vote, et certains ont été arrêtés. L’un d’entre eux, qui avait obtenu une accréditation de la commission électorale, a dit que "c’est la sécurité qui mène la danse."

En fait, on pourrait continuer encore et encore la description du sale jeu qui a consisté à violer la volonté collective de 80 millions d’Egyptiens qui ont essayé en vain de restaurer leur dignité et leur liberté usurpées par un régime autocratique et corrompu.

Dans son discours historique au Caire le 4 juin 2009, le Président Obama s’était engagé à restaurer les relations tendues entre les Etats-Unis et le monde musulman. Il avait dit : "Je viens ici pour chercher un nouveau commencement entre les Etats-Unis et les Musulmans du monde entier, un commencement fondé sur le respect mutuel et l’intérêt mutuel."

Le président américain avait fait de nombreuses autres remarques assurant de sa bonne volonté les Musulmans en général. Il avait aussi invoqué l’esprit de démocratie, disant que les peuples, partout dans le monde, devaient être en mesure d’avoir leur mot à dire sur la manière dont ils sont gouvernés.

"Mais j’ai la ferme conviction que tous les peuples aspirent à certaines choses : la possibilité de s’exprimer et d’avoir leur mot à dire dans la façon dont ils sont gouvernés ; la confiance dans la primauté du droit et dans une administration équitable de la justice ; un gouvernement transparent et qui ne vole pas les gens ; la liberté de vivre selon son choix. Ce ne sont pas seulement des idées américaines, ce sont les droits de l’homme, et c’est la raison pour laquelle nous les soutiendrons partout."

En réalité, le régime égyptien n’aurait pas atteint un tel niveau de dépravation, de corruption, de tyrannie et de répression sans le soutien, l’acquiescement et le silence des Etats-Unis.

Les responsables américains affirment souvent qu’ils encouragent les gouvernements despotiques du monde arabe à initier des réformes démocratiques et à respecter les droits de l’homme et les libertés civiles. Cependant, chacun, y compris les régimes répressifs eux-mêmes, sait bien que les Etats-Unis ne pensent pas ce qu’ils disent, et que toutes les déclarations publiques réticentes et à moitié sincères sur la démocratie et les droits de l’homme dans des pays comme l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et les autres régimes fantoches de l’Amérique dans le monde arabo-musulman sont uniquement destinées à induire les masses en erreur et à les tromper.

On ne se livre pas vraiment à un pronostic farfelu en présumant que les Etats-Unis eux-mêmes demandent, en coulisse, à ces régimes oppressifs de ne pas prendre trop au sérieux leurs critiques sur leur application des droits de l’homme puisque ces critiques ne sont faites que pour des raisons de propagande.

En dernière analyse, les Etats-Unis n’ont jamais fait preuve d’un engagement réel, absolu et cohérent pour la démocratie et les droits de l’homme où que ce soit dans le monde. Ce portrait hideux de la duplicité morale des Etats-Unis est illustré par des relations de longue date entre le grand empire et une longue liste de tyrans, y compris les pires, de par le monde. La liste est trop longue pour tenir en quelques lignes.

La tyrannie égyptienne, financée et soutenue par les Etats-Unis, nous fait beaucoup penser au soutien états-unien au régime du Shah en Iran avant la révolution islamique de 1978. Les Etats-Unis ont donné au Shah toutes sortes d’armes dernier cri dans l’espoir de maintenir et de perpétuer son emprise sur le pouvoir. La célèbre Savak avait toute liberté pour tuer, torturer et violer les Iraniens pendant que le régime réprimait toute manifestation de contestation publique.

Même lorsque le régime du Shah a commencé à montrer des signes de maladie et de fatigue, le Président Carter a continué à décrire l’Iran du Shah comme "un îlot de stabilité dans une des régions les plus troublées du monde."

Nous connaissons la suite de l’histoire.

L’Egypte de Moubarak n’est pas une réplique exacte de l’Iran de l’époque du Shah. Mais les similitudes sont frappantes. Aujourd’hui, en Egypte comme ce le fut en Iran, la répression est omniprésente, la corruption est rampante, la pauvreté est choquante et la répression politique prévaut.

Il y a tellement de rage froide et trop de police d’Etat. Des gens sont quotidiennement arrêtés, maltraités et même torturés parce qu’ils ont simplement exprimé leurs pensées. Le régime lui-même est de plus en plus précaire et il essaie souvent de maquiller son insécurité par une répression accrue de l’activisme politique ou de quiconque est considéré comme une menace au régime.

Et au milieu de cette atmosphère lugubre, le Président Moubarak est en train de préparer son fils Gamal à lui succéder car l’Egypte, principalement grâce à l’autocratie absolue de Moubarak, n’a plus de république que le nom, et est en réalité un royaume. Une république royale !

Puisse Dieu protéger l’Egypte de ses ennemis, intérieurs et extérieurs. Amen.

Khalid Amayreh
Le 1er décembre 2010.


Khalid Amayreh (né en 1957 à Hébron) est un journaliste palestinien basé à Dura, le district d’Hébron. Il a fait ses diplômes universitaires aux États-Unis : BA en journalisme à l’Université de l’Oklahoma, 1982 ; maîtrise en journalisme de l’Université de Southern Illinois, 1983. Pendant longtemps, sa vie n’a pas été rendue facile par le fait qu’il a été en grande partie confiné par les pouvoirs à son village de Dura, près d’Hébron.

Sur son expérience de vie comme Palestinien, voir : “Reflections on the 1967-war anniversary”, palestine-info, 5 juin 2008.

Traduit de l’anglais par MR pour ISM :
http://www.ism-suisse.org/news/article.php?id=14669&type=analyse

Article original en anglais : Site web de Khalid Amayreh