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Déstabilisation de la Syrie, pivot de la résistance à Israël
Partenariat entre Washington et les Frères musulmans

Quel rôle joue aujourd’hui la Confrérie des Frères musulmans dans les évènements qui secouent le Moyen-Orient ? Comment se situe-t-elle par rapport à la stratégie mise en œuvre par Washington pour protéger ses intérêts stratégiques et ceux d’Israël dans la région ? L’analyse de "New Orient News" suggère que la direction internationale suprême de la Confrérie aurait "établi un partenariat avec les États-Unis pour redéfinir son influence politique et économique dans la région arabe". Bachar el-Assad, étant un obstacle au plan de liquidation de la cause palestinienne, les États-Unis, alliés d’Israël, sont déterminés à déstabiliser Damas en s’appuyant sur ses opposants, parmi eux les Frères musulmans.


2 mai 2011

Les troubles qui secouent la région arabe véhiculent des éléments du plan américain élaboré pour contenir l’échec stratégique de Washington ces dix dernières années et pour protéger Israël avant la fin du retrait des GI’s d’Irak, en décembre. Il est clair qu’une partie des fils qui sont tirés actuellement ont été tissés ces deux dernières années, en coordination entre l’Administration Obama et ses principaux partenaires internationaux et régionaux.

Une des principales idées étudiées ces deux dernières années s’articule sur le principe de la normalisation des relations entre les Etats-Unis et les Frères musulmans. L’expérience turque a proposé un modèle de coexistence entre l’adhésion à l’Otan et les relations avec Israël et l’Amérique, tout en prenant en considération les sentiments pro-palestiniens de la rue turque. Ankara a su trouver le juste milieu entre l’appréhension de sa base populaire à l’égard de l’Etat hébreu et les considérations stratégiques liés à ses relations avec l’Otan et les Etats-Unis. Mais sans aller jusqu’à prendre des initiatives qui modifieraient radicalement les rapports de forces régionaux au profit de l’axe de la Résistance, incarné par la Syrie, l’Iran, le Hezbollah et le Hamas.

Il semble que la direction internationale suprême de la Confrérie des Frères musulmans ait établi un partenariat avec les Etats-Unis pour redéfinir son influence politique et économique dans la région arabe. L’Egypte post révolutionnaire sera le terrain pour tester ce partenariat et tenter de reproduire le modèle turc basé sur la coexistence entre l’institution militaire et un mouvement islamiste, et sur l’engagement de la confrérie à respecter les constantes liées à la sécurité de l’Etat hébreu et l’accord de camp David après les élections présidentielles et législatives. L’alliance entre les Frères musulmans et les débris de l’ancien parti au pouvoir lors du référendum sur les amendements constitutionnels constitue une preuve de ce nouveau schéma.

Concernant le conflit israélo-arabe, il semble que le « plan de paix », que les Etats-Unis vont imposer, repose sur l’initiative de Brezinski, basée sur l’abolition du droit au retour des réfugiés, l’échange de territoires entre les Palestiniens et l’Etat hébreu, et un Etat palestinien démilitarisé. Tout dépend de la réélection d’Obama pour un second mandat.

La réussite de ce plan repose sur plusieurs facteurs. Son acceptation par le Hamas est essentielle. La Turquie et les Européens s’occuperont de convaincre le mouvement palestinien en utilisant la carotte et le bâton.

Mais la Syrie reste le principal obstacle au plan américain qui consiste à liquider la cause palestinienne. Affaiblir Damas et la noyer dans ses problèmes internes devient alors une condition nécessaire. On comprend mieux, dès lors, la convergence des rôles entre l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie dans la crise syrienne. Que les dirigeants des Frères musulmans syriens fassent la navette entre ces trois pays et appellent à la révolte contre le régime de Bachar el-Assad à partir d’Istanbul, de Riyad ou de Doha devient, alors, compréhensible.

Même le Premier ministre sortant du Liban joue un rôle dans ce plan. Un document révélé par Wikileaks montre la position de Saad Hariri vis-à-vis du régime syrien et des Frères musulmans. Dans un câble publié par le quotidien libanais Al-Akhbar, Hariri affirme : « Il faut en finir définitivement avec le régime syrien ». Il propose un partenariat entre les Frères musulmans et d’anciens responsables du régime et ajoute que la branche syrienne de la confrérie « ressemble dans ses caractéristiques aux musulmans modérés de Turquie. Ils acceptent un gouvernement civil et ils appuient même la paix avec Israël ». Saad Hariri raconte à ses interlocuteurs américains qu’il maintient une relation solide avec le guide spirituel des Frères musulmans en Syrie (aujourd’hui remplacé) Ali Al-Bayanouni. Il insiste auprès des Américains pour qu’ils « discutent avec Bayanouni. Observez son comportement et vous verrez des miracles ».

Tous les moyens sont bons pour faire passer ce plan, même s’il faut, pour cela, menacer l’unité interne de la Syrie au risque de plonger le pays dans la guerre civile. En faisant échec au complot visant à la déstabiliser, sous les prétextes des droits de l’homme et de la liberté, la Syrie aura encore une fois torpillé un plan destiné à liquider la cause palestinienne et à pérenniser l’hégémonie.

Pour gagner son pari, Bachar el-Assad doit relever le défi sécuritaire posé par les groupes extrémistes qui sévissent en Syrie. Mais il doit, aussi, lancer impérativement le chantier des véritables réformes politiques, économiques, judiciaires et administratives, pour renforcer la cohésion interne et moderniser son pays.

New Orient News (Liban)
Tendances de l’Orient No 29, 2 mai 2011.