écrits politiques

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Un article d’Ahmed Mesbah
Echec de l’appel Facebook à manifester le 17 septembre en Algérie

Décidément, il ne suffit pas de quelques clics pour faire vibrer la rue algérienne. Hier, les villes et villages d’Algérie étaient particulièrement calmes. Comme quoi, la meilleure réponse aux imbéciles est le silence.

18 septembre 2011 | - : Algérie

Depuis quelques semaines, en effet, la rumeur avait fait le tour de la blogosphère. Des apprentis-sorciers s’attendaient à voir Alger et d’autres villes à feu et à sang. Rien de tout cela ne fut.

Un appel à manifester était lancé sur la Toile par des individus inconnus même s’ils ne cachent pas leur dessein : celui de déstabiliser le pays sous prétexte qu’ils ne feraient là que rejoindre le train des révolutions arabes. Selon les initiateurs de l’appel à manifester, ce 17 septembre devait être l’équivalent d’un septembre noir comme vécu par d’autres pays dans de tristes circonstances. Mais les Algériens n’ont pas marché. Au sens propre et au figuré. Ils ont vite déjoué la combine. Ils estiment qu’ils n’ont pas à être guidés par des mains étrangères ni à devenir les supplétifs de l’Otan et de ses docteurs.

Le message subliminal est le suivant : « On a déjà donné. » Nul n’a oublié les luttes du peuple algérien : durant la guerre de Libération lorsqu’il a fallu se libérer du joug de la France soutenue par l’Otan et à la fin des années 1980 lorsqu’il a fallu arracher des réformes. De quelle légitimité peut alors se prévaloir Bernard-Henri Lévy, tête pensante du Conseil national de transition libyen, pour donner des leçon de révolution à des Algériens ? Aucune, à coup sûr.

Tous les habitants, notamment les jeunes, à Annaba, Oran, Alger, Constantine et Ouargla, ont ignoré cet appel anonyme lancé sur Facebook, par les initiateurs du prétendu Mouvement du 17 qui ne sont autres que des ennemis de l’Algérie. Les citoyens, surtout ceux des quartiers populaires et chauds des grandes villes, généralement prompts à sortir dans la rue pour conduire des mouvements de revendication pour des raisons, la plupart du temps sociales, ont passé un samedi ordinaire. Il y en a même qui ont profité des plaisirs de la mer, rejetant toutes formes de protestation.

Vaquant à leurs occupations quotidiennes, les citoyens ont asséné une leçon de civisme aux initiateurs de l’appel qui ont fait chou blanc. Un comportement qui a beaucoup rassuré les responsables des questions sécuritaires.

Qu’en pensent les jeunes ? L’un d’entre eux interrogé par notre correspondante à Annaba répond : « Ce sont des goumias. » D’autres jeunes ont eu des réactions tout aussi amères. « Il n’y a pas lieu de parler de révolution ni de printemps car les Algériens ont vécu les leurs depuis des années », disent-ils.

« Nous ne sommes pas la Libye, encore moins l’Irak pour accepter une ingérence étrangère dans notre pays et ouvrir la voie à une nouvelle forme de colonialisme », fait-on remarquer.

Ce rejet des manipulations ne conduit pas à un sentiment de satisfaction béate. Les Algériens sont toujours demandeurs de réformes. Ils ont les yeux rivés sur les institutions desquelles ils attendent une concrétisation des promesses de réformes promises par le président de la République. Le premier test d’une quête de transparence dans la gestion de la chose publique sera celui des élections locales et législatives de 2012. L’une des revendications des printemps arabes est celle liée à une alternance au pouvoir, ce qui a tout l’air de se concrétiser en Algérie dans les textes dans un premier temps et dans les faits en second lieu. Cette alternance ne sera pas limitée au pouvoir local ni au Parlement puisqu’une élection présidentielle sera organisée dès 2014. le changement en douceur semble ainsi être le credo des populations.

Un ancien moudjahid explique pourquoi cette voie est privilégiée. « Nous avons vécu 130 ans de colonialisme, puis 10 ans de terrorisme durant lesquels personne ne nous a soutenus. On s’en est sortis seuls suite à ces années où le sang des Algériens a coulé. Aujourd’hui, je dis « basta » et qu’on nous laisse vivre en paix. »

Le pays n’a eu de cesse de vivre diverses menaces, y compris celles d’Aqmi, pour faire l’économie d’autres risques. Qu’ils viennent de la Toile ou d’autres moyens de communication. L’attaque orchestrée contre le pays via les nouveaux moyens de communication n’est qu’un avant-goût de ce qui l’attend avec l’ouverture annoncée de mass média, si personne n’y prend garde

Ahmed Mesbah
L’Expression, 18 septembre 2011