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Un article de Muhammed Shuair
Égypte : l’armée veut museler l’opposition

Dans un discours télévisé rappelant étrangement la forme et le contenu de ceux faits par Moubarak avant son éviction, le responsable du conseil militaire à la tête de l’Égypte, Mohammed Tantawi n’a guère contribué à apaiser les craintes et les exigences des centaines de milliers d’Égyptiens qui sont descendus dans les rues au cours des dernières jours, dans ce que beaucoup considérent comme une renaissance de l’esprit de la révolution du 25 Janvier.

23 novembre 2011 | - : Egypte


Tantawi a exprimé ses condoléances aux familles de ceux qui ont été tués par la police durant les manifestations, mais il n’a présenté aucune excuse - Photo : Ali Garboussi

Dans une brève allocution diffusée à la télévision égyptienne mardi soir, la tête du SCAF Muhamed Tantawi a accepté la démission de son gouvernement et fixé au mois de juin prochain le dernier délai pour la tenue des élections présidentielles. Il a également appelé à la formation d’un gouvernement de salut national. Tantawi a déclaré que les élections législatives fixées pour la semaine prochaine auraient lieu comme prévu.

Avant son discours, Muhamed Tantawi aurait rencontré Mohammed Morsy, dirigeant du parti de la Liberté et de la Justice (le bras politique des Frères musulmans), et l’ancien Secrétaire général de la Ligue arabe et actuel candidat à la présidentielle, Amr Moussa.

Tantawi a exprimé ses condoléances aux familles de ceux qui ont été tués par la police durant les manifestations, mais il n’a présenté aucune excuse. L’institution militaire, a-t-il soutenu, est une victime plutôt qu’un coupable dans la crise.

Les estimations du nombre de tués dans les manifestations vont de 30 à 70 personnes, avec des centaines de blessés. Les manifestants appellent à la fin du régime militaire et à un transfert rapide du pouvoir à un gouvernement civil.

Le nombre élevé de tués est très alarmant concernant l’ampleur de la force utilisée contre les manifestants.

Beaucoup d’Égyptiens craignent les nouveaux gaz lacrymogènes utilisés par la police et les forces armées pour disperser les manifestants. Certains manifestants morts n’ont, semble-t-il, pas été tués par balles.

Du gaz lacrymogène livré par Israël tue les manifestants

Certains manifestants sont morts de suffocation après avoir inhalé du gaz lacrymogène récemment livré et importé dans le cadre de l’accord d’échange pour la libération d’Ilan Grapel, accusé d’espionnage pour Israël.

Ces gaz lacrymogènes provoquent une incapacité temporaire et parfois des convulsions. Un nouveau gaz lacrymogène CR, mis au point par le ministère britannique de la Défense dès les années 1960, peut entraîner la mort. Il provoque de graves irritations cutanées, des crampes musculaires et des difficultés respiratoires. Il peut aussi entraîner une incapacité temporaire et des tremblements dans les bras et les jambes. L’exposition à de grandes quantités de gaz peut aussi être mortelle.

Les effets du gaz CR sont d’environ 6 à 10 fois plus puissants que ceux du gaz CS. L’armée d’occupation israélienne pourrait avoir utilisé le gaz CR contre les manifestants [à Bi’lin] en Janvier 2011, conduisant à la mort de Jawaher Abu Rahma. Saddam Hussein a réussi à fabriquer du gaz CS dans les années 70. Ce gaz a été utilisé contre les Kurdes en Irak et contre l’Iran pendant la guerre Irak/Iran.

Les médecins ont prévenu que l’utilisation de l’eau pour le traitement des effets du gaz CR entraîne des irritations de la peau, contrairement à d’autres gaz. Un médecin a déclaré que « les manifestants ne devraient pas utiliser d’eau ou de vinaigre pour le traitement du gaz CR. Au lieu de cela, ils devraient prendre des antihistaminiques, des vitamines du complexe B et des suppléments en potassium, et se laver le visage avec de l’eau au glucose. »

Un des fabricants qui produit des armes similaires indique sur son site Internet : « En raison de l’effet persistant et à long terme du gaz CR, seules des institutions très peu conscientes utilisent cet agent. »

Le directeur régional du Euro-Mediterranean Human Rights Network, Amani al-Sinwar, a indiqué que des témoignages récurrents provenant de manifestants égyptiens confirment que l’armée et les forces de sécurité ont utilisé des gaz CR. Al-Sinwar a ajouté que le réseau a reçu des déclarations similaires concernant les symptômes causés par le gaz CR.

Contrairement à d’autres gaz lacrymogènes, le gaz CR cause des vomissements involontaires, une incapacité temporaire et la cécité.

Al-Sinwar note que le 25 janvier de cette année a été la première fois que le réseau a signalé l’utilisation de gaz CR contre les manifestants depuis le déclenchement de manifestations pacifiques en Égypte. Le réseau a recueilli des témoignages de militants sur la place Tahrir, indiquant que les forces de sécurité utilisaient un gaz de type CR.

Le réseau a condamné cette violation grave des droits de l’Homme. Il explique que l’utilisation de ce gaz est internationalement prohibée, qu’il est la cause de cancers et qu’il peut provoquer la mort si l’on y est exposé un trop long moment.

Muhammed Shuair
english.al-akhbar.com, 23 novembre 2011.

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- Tantawi: Muzzling the Revived Spirit of Tahrir