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Une analyse de Ghaleb Kandil
Liban/Syrie : Les États-Unis reconnaissent l’échec de leur pari

La visite effectuée au Liban par le chef des forces terrestres du commandement central américain (CentCom), le général Vincent Brooks, a porté dans les coulisses une surprise choquante pour le 14-Mars. Certains de ceux qui l’ont rencontré ont assuré avoir entendu de sa bouche des propos sincères sur l’échec du pari qui consistait à renverser le président Bachar al-Assad, et sur la nécessité pour les Libanais de vivre avec cette vérité pour les 40 prochaines années.

23 avril 2012

L’officier supérieur américain a expliqué à ses interlocuteurs les raisons du changement de la position de Washington vis-à-vis de la Syrie, qui l’ont poussé à accepter le plan de Kofi Annan basée sur le principe de la solution politique et de la négociation avec le président Assad.

Dans le même temps, le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, assurait, lors d’une audition au Congrès américain, que l’armée syrienne restait unie derrière le président Assad, et qu’il ne fallait pas parier sur des dissidences significatives. L’armée syrienne avait fait preuve, selon le ministre américain, de beaucoup de discipline et d’une grande efficacité.

Leon Panetta a expliqué devant le Congrès que le président Assad jouissait d’une importante popularité et du soutien d’une majorité de Syriens en dépit des troubles qui se poursuivent depuis plus d’un an. Les rapports en possession du Pentagone ne permettent pas de conclure que le chef de l’État syrien a perdu de sa popularité, bien au contraire. En revanche, il a déclaré que l’opposition était divisée, minée par des dissensions internes et incapable de constituer une force de substitution au régime du président Assad.

Le général Brooks a développé au Liban les mêmes arguments. Il était clair qu’à travers sa visite, il a voulu réaffirmer la relation des États-Unis avec l’Armée libanaise et la poursuite de son rôle au pays du cèdre, en parallèle avec celui grandissant de la Russie.

Autre signal reflétant ce nouveau climat : les Forces libanaises et le Courant du futur, en dépit du ton élevé des interventions de leur représentants au Parlement la semaine dernière, ont voulu se dissocier des groupes terroristes syriens actifs au Liban, en assurant qu’ils n’avaient rien à voir avec eux. Cette prise de distance coïncide avec les coups sévères assénés aux insurgés syriens par l’armée.

Ce repli, verbal du moins, du 14-Mars, ne signifie pas que les composantes de cette coalition pro-occidentale ont abandonné le parrainage des groupes extrémistes syriens au Liban. Mais les nouvelles réalités les obligent à adopter un profil bas et à ne pas exprimer leur soutien ouvertement, mais plutôt en secret. Les Forces libanaises, le Courant du futur et la Jamaa Islamiya s’appuient désormais sur les positions de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie dans leur soutien aux insurgés syriens.

Dans ce contexte, il est grave, incompréhensible et inacceptable que le gouvernement libanais continue à faire preuve de mollesse et s’abstienne d’ordonner à l’armée de prendre des mesures strictes et décisives contre les groupes terroristes armés qui s’activent à l’intérieur du Liban sous le parrainage de trois forces politiques précitées.
L’Armée libanaise se trouve désormais confrontée au défi de prendre elle-même l’initiative et de régler la situation instable au Liban-Nord, devenu un base arrière à la soi-disant Armée syrienne libre. Surtout que les propos du général et du secrétaire d’État américains sont sans appel : le pari de faire tomber Bachar al-Assad a échoué, et celui qui sait lire en politique est capable de s’adapter rapidement aux nouvelles réalités.

Ghaleb Kandil
New Orient News (Liban)
Rédacteur en chef : Pierre Khalaf
Tendances de l’Orient No 80, 23 avril 2012.