écrits politiques

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Un article de Gilad Atzmon
Les “progressistes” au lit avec Bibi Netanyahou

Une fois de plus c’est un schéma familier qui se manifeste : nos “progressistes” unifiés - une véritable synagogue, un collectif de grands humanistes - apportent leur soutien aux opprimés. Cette fois-ci c’est le “peuple syrien” qu’ils désirent libérer et leur ennemi est évidemment Bachar El-Assad.

8 mai 2013 | - : Israël Lobbies Solidarité

C’est un schéma que nous ne connaissons que trop bien désormais. Avant la “guerre contre le terrorisme” nous avons assisté à d’intenses campagnes de groupes militants féministes et homosexuels pour les droits des femmes en Afghanistan. Le type progressiste n’approuve pas non plus le cours actuel de la révolution iranienne. Trop souvent il ou elle insistera sur la nécessité de libérer les Iraniens. Cette semaine, nous voyons une fois de plus un front uni constitué de Tariq Ali, Ilan Pappe, Frederic Jameson, Norman Finkelstein et d’autres gens bien intentionnés. Ils veulent apparemment que “nous libérions les Syriens”.

Ils font ouvertement campagne (*) pour le renversement du régime de Bachar El-Assad (to topple Bashar al-Asad’s regime). Ils appellent les “peuples du monde” à faire pression sur le régime syrien afin qu’il cesse sa répression et sa guerre contre “le peuple syrien”. “Nous demandons”, disent-ils, “que Bachar El-Assad s’en aille immédiatement sans dérobade, afin que la Syrie puisse engager un processus rapide de rétablissement la conduisant à un avenir démocratique.”

Nous y voilà. Ali, Jameson, Pappe, Finkelstein et compagnie, à la lumière des récentes attaques israéliennes contre la Syrie, auriez-vous la gentillesse, gentlemen, de nous dire qui vous soutenez ? Est-ce aux côtés d’Assad ou de Netanyahou que vous vous rangez ?

On peut se demander comment nos progressistes, malgré leur bonne volonté et leurs références humanistes, ont pu se débrouiller pour se retrouver une fois de plus au lit avec Bibi.

La réponse est en fait d’une simplicité embarrassante. La philosophie progressiste est la dernière forme, et la plus avancée, de sentiment d’appartenance à des élus idéologiques. S’autoproclamer progressiste implique forcément que quelqu’un d’autre soit un “réactionnaire”, C’est une position d’élite autodésignée qui est intrinsèquement intolérante et suprématiste.

Le progressisme est un précepte consacré à l’idéologie du “Tikkoun Olam” (rectification ou réparation de l’univers). Il se fonde sur l’idée que ceux qui ont des idées progressistes “savent mieux”. Ils savent ce qui est bien et ce qui est mal. Le progressisme sait faire la différence entre le casher et le taref. Les voix progressistes, dans ce cas d’espèce, ferment les yeux sur le fait embarrassant que c’est de fait l’armée syrienne, largement composée de sunnites, qui combat les soi-disant “rebelles syriens”, qui ne sont qu’un ramassis hétéroclite de mercenaires étrangers.

Peut-être nos interventionnistes progressistes pourraient-ils lire un peu plus souvent Robert Fisk - après tout, Fisk est peut-être le journaliste de langue anglaise le plus fiable dans la région. “Le mot démocratie et le nom d’Assad ne se mélangent pas très bien dans la plus grande partie de la Syrie”, nous dit Fisk, mais il continue : “Je pense plutôt que les soldats de ce qui est officiellement nommé l’Armée Arabe Syrienne, se battent plus pour la Syrie que pour Assad. Mais ils se battent et peut-être même qu’ils sont maintenant en train de gagner une guerre impossible à gagner.”

En ayant ceci à l’esprit, je m’attendrais à ce que les intellectuels progressistes, parmi lesquels des historiens et des politologues respectés, soient un petit peu plus raffinés et réfléchissent un peu plus avant de donner un feu vert moral à Israël pour déclencher un nouveau conflit mondial.

Je tendrais à penser qu’il serait grand temps que nos humanistes progressistes s’engagent dans un examen éthique préliminaire. Ils trouveraient une bonne fois pour toutes, ce qui peut constituer la base morale de toute intervention, quelle que soit sa forme. Je pense qu’avant de prêcher le “Tikkoun Olam” et de proclamer vouloir “rectifier le monde” au nom de la “société civile” et du “droit international” généralement invoqués, il faudrait envisager de se rectifier soi-même d’abord.

Gilad Atzmon
7 mai 2013

Voir également :
http://www.moonofalabama.org/2013/05/syria-the-feckless-left-.html#more__________________________________________________________________
(*) Il n’est pas anodin de noter que la campagne « Solidarity with Syrian revolution petition » appelant à soutenir la rébellion en Syrie, signée par des intellectuels, universitaires, artistes, militants, parmi eux Ilan Pappe, Tariq Ali, Frederic Jameson, Norman Finkelstein, c’est l’Israélien Moshé Machover, qui l’a initiée fin avril.

Toutes les versions de cet article :
- In Bed With Bibi Netanyahu
- En la cama con Bibi