écrits politiques

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Bahar Kimyongur n’a jamais commis aucun délit

Discours de Daniel Flinker, porte-parole du Comité pour la liberté d’expression et d’association (Clea), prononcé devant le Palais de Justice de Bruxelles le 27 mars 2007.

Mon nom est Daniel Flinker, je suis le porte-parole du Clea, le Comité pour la liberté d’expression et d’association, qui organise le rassemblement d’aujourd’hui.

Bahar Kimyongur : vous avez beaucoup entendu ce nom ces dernier mois car malgré lui, Bahar est devenu un symbole : le symbole des dangers que la « guerre contre le terrorisme » fait peser en Belgique sur la liberté d’expression, la liberté d’association, le droit à la contestation.

Alors qu’il n’a commis aucun délit, aucun acte de violence, Bahar a été condamné le 7 novembre dernier à 5 ans de prison ferme comme « chef d’une organisation terroriste ». Ce verdict constitue une menace pour tous les citoyens, tous les militants car il signifie qu’actuellement en Belgique, exprimer un point de vue contestataire et s’organiser afin de diffuser efficacement cette opinion est passible de plusieurs années de prison. C’est inadmissible et c’est la raison pour laquelle des milliers de citoyens en Belgique et à l’étranger se mobilisent pour réclamer la liberté pour Bahar. Mais pour cela, il faut que la Cour de Cassation casse, aujourd’hui, le verdict condamnant Bahar.

Bahar n’est pas un terroriste, c’est un militant ! Son engagement est indispensable dans un pays qui se prétend démocratique : c’est lui qui a informé la population belge à propos de la torture que subissent les prisonniers politiques en Turquie et à propos de leur résistance face à cette barbarie car les militants dans les geôles turques aime la vie à en mourir ; c’est Bahar qui a organisé un rassemblement devant l’ambassade des Etats-Unis à Bruxelles pour soutenir la résistance Irakienne à Falloujah au moment où l’armée US massacrait toute une ville.

Merci Bahar, ton action aux côtés des plus faibles, aux côtés des insoumis nous rappelle qu’il est légitime et même nécessaire de se lever, de militer, de se révolter contre l’injustice : que ce soit contre les fermeture d’entreprises en Belgique, la torture dans les prisons turques ou la guerre en Irak.

Non Mister Bush, non Madame Onkelinx, non messieurs les juges et procureurs ; s’exprimer, s’organiser, contester comme Bahar le fait depuis 10 ans : ce n’est pas du terrorisme. Il s’agit de droits et de libertés chèrement conquis en Belgique par le mouvement ouvrier et que nous, militants, intellectuels, syndicalistes, communistes, anarchistes, pacifistes, socialistes, écologistes, nous défendrons. Il faut qu’aujourd’hui, le verdict posé dans le cadre du procès DHKP-C soit cassé !

Le problème dans l’affaire DHKP-C, du nom de l’organisation communiste turque dont Bahar est le sympathisant, c’est qu’à cause de la nouvelle loi antiterroriste belge inspirée par les législations votées par l’administration Bush, la Justice fait passer des opposants politiques au régime turc, des militants communistes pour des terroristes, pour des criminelles.

Vous savez, dans ce procès, il n’y a pas d’un côté Bahar « le gentil militant idéaliste » et de l’autre côté, les méchants terroristes du DHKP-C.

Vous êtes interpellés par la situation de Bahar Kimyongür ? Interrogez-vous alors sur le cas de Musa Asoglu qui a été condamné à 7 ans ferme essentiellement pour les mêmes motifs que Bahar à savoir son travail au sein du bureau d’informations du DHKC à Bruxelles, un bureau qui a toujours respecté les règles de la démocratie belge. Et que dire de Sukriye Akar, condamné à 4 ans fermes comme membre d’une organisation terroriste, sur base d’une preuve qui est, selon le tribunal de Gand, irréfutable : tenez-vous bien, la police a retrouvé un sac lui appartenant dans la voiture d’Asoglu ! 4 ans de prison pour un sac à main au mauvais endroit !

La loi utilisée dans le jugement DHKP-C est une loi liberticide made in USA qui permet de condamner lourdement comme s’ils étaient des terroristes, des citoyens non pour des actes délictueux qui auraient commis, non pour des attentats qu’ils auraient perpétrés mais pour leur engagement politique, pour leurs opinions.

Cet élément-là, à lui seul, suffirait pour casser le jugement prononcé en novembre dernier : un procès politique doit être jugé devant une Cour d’assise et non devant un tribunal correctionnel comme ça a été le cas dans cette affaire. Les avocats des condamnés ont relevé des dizaines de points susceptibles d’entraîner la cassation du verdict du tribunal correctionnel de Gand. Je ne suis pas juriste mais il ne faut pas être un spécialiste pour comprendre que ce jugement est politique et a été rendu possible car le régime turc, l’Etat belge et l’administration Bush ont un intérêt commun : sous couvert de lutte contre le terrorisme, ils veulent museler la contestation sociale.

Sous le jugement DHKP-C, il y a une signature, c’est signé George W Bush. Ce jugement doit être cassé car on ne peut pas condamner des opposants politiques en les assimilant à des bandits.

Et si on ne se mobilise pas aujourd’hui pour s’opposer à ce jugement, à ces condamnations, à cette loi ; nous subirons demain le même sort que Bahar et ses camarades. Avec un peu d’avance, Bahar, c’est nous.

En fait, quelle que soit la décision de la Cour de Cassation –qui sera normalement rendue cet après-midi après l’audience qui va se dérouler maintenant et durant toute la matinée-, quelle que soit la décision de la Cour, il faut que le combat continue, il faut que tous les citoyens s’unissent, fassent front contre Bush et ses complices qui mènent la guerre aux quatre coins du monde et qui sous prétexte de « guerre contre le terrorisme », à grand renfort de paroles creuses sur la liberté et la démocratie, massacrent et réduisent à la misère des peuples entiers. En Belgique, cette guerre se déroule également : les premières victimes en sont Bahar, Musa, Sukriye, Kaya et les autres personnes condamnées dans l’affaire DHKP-C. Il faut que le jugement les condamnant soit cassé, il faut que la loi utilisée dans ce procès soit supprimée, il faut que la Belgique refusent d’être soumise à la politique américaine.

La démocratie, c’est nous, la démocratie ce sont les citoyens en mouvement. Contre la fascisation du monde incarnée par les idées et les actions de Bush et ses alliés en Turquie comme en Belgique, il faut développer un front réunissant démocrates et progressistes. C’est le rôle que s’est fixé le Clea, le Comité pour la liberté d’expression et d’association. Chères amies, chers amis, vous qui prenez congé et vous rassemblez pour que le jugement DHKP-C soit cassé : il faut entrer en résistance, résister n’est pas un crime, mais c’est un droit, c’est une nécessité !

Chers amis, nous allons maintenant entrer dans la salle d’audience : vous allez voir que comme c’est un procès « terroriste », vous allez un peu être considérés par la police comme des complices des terroristes. C’est en tous cas ce qui ressort de la condamnation de Bahar puisque le juge de Gand a expliqué que Bahar était le chef d’une organisation terroriste puisque de nombreuses personnes étaient venues le soutenir durant les audiences. Voilà l’une des dérives à laquelle conduit la guerre contre le terrorisme. Terroristes, vous l’êtes déjà même si vous ne le savez pas !

Le verdict sera normalement prononcé cet après-midi, vous pouvez suivre toutes les évolutions de l’affaire sur notre site internet http://www.leclea.be/.

Daniel Flinker
Discours prononcé devant le Palais de Justice de Bruxelles le 27/03/2007


(*) Le Clea est un collectif citoyen visant à promouvoir un débat critique sur les nouvelles législations antiterroristes. Le cas de Bahar Kimyongür est exemplaire à cet égard. En vertu de ces nouvelles dispositions, non seulement les libertés d’expression et d’association sont mises à mal mais, en plus, l’avenir d’un homme qui n’a commis aucun délit et condamné aujourd’hui à cinq ans de prison ferme, est gravement compromis.