écrits politiques

Français    English    Italiano    Español    Deutsch    عربي    русский    Português

Par Daniel Mabsout
Le contentieux entre un certain establishment palestinien et Gilad Atzmon

.

28 janvier 2014

Gilad Atzmon est pour moi la vache sacrée de la cause palestinienne

La campagne lancée contre Gilad Atzmon n’est pas seulement totalement injustifiable. Elle est inacceptable. Le terrible calvaire subi par les Palestiniens n’est pas seulement l’usurpation de la Palestine. C’est aussi, malheureusement, l’usurpation de la cause palestinienne elle-même, qui a fait du calvaire de certains une sinécure lucrative pour d’autres, parmi lesquels les soi-disant leaders, les soi-disant militants, les permanents, les activistes, les politiciens, les intellectuels, les universitaires, bref, … un peu tout le monde.

Nous n’entrerons pas dans les détails de la question de savoir quels sont, parmi les Palestiniens et les Arabes, les responsables de la détérioration de la situation en Palestine qui se sont investis eux-mêmes de la mission de faire la promotion de cette juste cause et qui ont échoué sur toute la ligne, ni de celle de savoir qui, parmi les Arabes et les Palestiniens, ont tiré profit de la non résolution du problème palestinien (ils sont nombreux). Cela serait trop long.

En revanche, nous sommes déterminés à prendre le temps d’étudier ce phénomène incroyable qui fait qu’un quarteron de Palestiniens et d’Arabes soi-disant cultivés – qui vivent pour la plupart à l’étranger et qui ne vont que très rarement en Palestine, quand ils s’y rendent – se sont arrogé la mission sioniste-judéo-arabe d’attaquer, de vouer aux gémonies et de fustiger un ex-soldat et ex-citoyen israélien qui a décidé de quitter l’armée israélienne après avoir servi dans ses rangs, de quitter carrément Israël et de poursuivre sa vie en tant que citoyen du monde partageant son expérience personnelle d’ex-soldat et d’ex-citoyen israélien avec tout le monde et refusant de continuer à appartenir à la communauté israélienne après avoir constaté le rôle que celle-ci joue, dans sa grande majorité et dans ses diverses tendances et affiliations, que celles-ci soient de gauche ou de droite, qu’elles soient progressistes ou réactionnaires, dans la défense et illustration de l’Etat d’Israël et dans le soutien indéfectible que cette communauté apporte à cet Etat par tous les moyens possibles et imaginables.

Devant cette expérience particulièrement riche de quelqu’un qui a été totalement impliqué dans l’aventure israélienne en tant que soldat et en tant que citoyen, mais qui a ensuite été amené à un autre niveau de conscience par sa clairvoyance et sa réflexion personnelle qui lui ont permis de voir la réalité d’Israël et celle de la condition des Palestiniens, la seule réaction, chez certains Palestiniens et chez certains Arabes, consiste à… crier à l’antisémitisme ! Franchement, de toute ma vie, je n’avais jamais rien vu d’aussi ridicule que la réaction de ces prétendus intellectuels et universitaires palestiniens qui se sont précipités avec leurs amis sionistes du nouvel ordre mondial pour attaquer cet homme généreux qu’est Gilad Atzmon, venu partager sérieusement et honnêtement avec nous tous son expérience vécue dans l’armée, en Israël et dans la communauté juive de manière générale.

Parmi nos brillants universitaires et activistes, vous trouvez Ali Abunimah, Omar Barghouti et notre gourou colérique aux cheveux longs As’ad Abu Khalil, ainsi que beaucoup d’autres, qui ont été jusqu’à se fendre de signer une pétition contre Gilad Atzmon accusant celui-ci principalement de semer la discorde entre les musulmans et les juifs et demandant à tout le monde de l’ostraciser au motif de son prétendu racisme. En réalité, ce faisant, ils n’évaluaient nullement sa pensée, à laquelle ils n’entendent rien. Non, ils prenaient position contre le positionnement anti-israélien de Gilad Atzmon et ils considéraient que celui-ci était du mauvais côté, considérant être eux-mêmes les propriétaires légitimes de la cause palestinienne : nous voyons ce phénomène se produire aujourd’hui au sein de nombre de groupes sectaires. Un proverbe arabe bien connu dit que « là où il y a de la honte, il n’y a pas de plaisir » : il s’applique parfaitement à nos intellectuels hautains, qui pensent pouvoir s’arroger le droit d’accuser un juif d’être antisémite. Quelle blague ! Il n’y nul fondement à une telle accusation dans tout ce qu’Atzmon a dit ou écrit. En effet, il a traité de son expérience personnelle telle qu’il l’a vécue intelligemment et grâce à laquelle il est en est arrivé à certaines conclusions qui n’appartiennent qu’à lui, et non à ces simples spéculations stériles dont nous gratifient des intellectuels palestiniens ou arabes dépourvus de toute créativité.

Il n’appartient pas aux Arabes ni aux Palestiniens – qu’ils soient d’ailleurs en colère ou sereins, peu importe – de s’immiscer dans les affaires intérieures d’Israël et de décider qui sont les bons Israéliens et qui sont les mauvais Israéliens du point de vue d’Israël, ni d’évaluer l’expérience vécue par un Israélien dans la communauté juive au sein de laquelle il et né et a vécu.

Bien entendu, nos intellectuels et universitaires hautains ne sont pas sérieux dans leurs accusations : comment le seraient-ils ? Simplement, ils ont choisi la manière la plus reconnue et la plus applaudie de plaire à l’establishment mondial pour lequel ils oeuvrent, qu’ils servent sous bannière palestinienne, en accusant un juif à la fois d’antisémitisme et de faire du conflit arabo-israélien un conflit religieux !

Quelqu’un peut-il me dire dans quelle entreprise se sont au juste embarqués ces intellectuels bien à l’abri dans leurs universités et leurs cercles de réflexion ? Font-ils la promotion de la cause palestinienne ? Défendent-ils la Palestine ? Si oui, contre qui ? Contre ceux qui sont contre Israël ?

Ils semblent surtout avoir peur de perdre les postes auxquels ils ont accédé au profit de quelqu’un de plus qualifié qu’eux, de quelqu’un qui, lui, au moins, est sérieux, ne retire aucun profit des souffrances d’autrui et ne monopolise pas une cause juste à la seule fin de conserver un boulot, de conquérir un poste ou d’obtenir une promotion, de quelqu’un qui a eu le mérite de mettre en lumière la cause profonde, la vraie cause du calvaire des Palestiniens.

Daniel Mabsout
26 mars 2012


Gilad ATZMON est l’auteur de La Parabole d’Esther, Anatomie du Peuple Élu. Réflexions sur la politique identitaire juive, qui vient de paraître aux éditions Demi-Lune.