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À propos du « Camp de la paix » israélien
Pourquoi je ne suis pas un militant de la paix israélien

Les vrais socialistes combattent le projet sioniste, écrit Moshé Machover.


9 octobre 2010 | - : Palestine Rôle des ONG Solidarité

Alors que le « processus de paix » continue à aller, de façon décousue, de rendez-vous sans objet à rencontres sans signification entre les chefs de l’État colonial israélien et une Autorité palestinienne sans autorité, avec les USA jouant le rôle de courtier malhonnête, il ne peut plus y avoir le moindre doute qu’il s’agit d’une comédie mise en scène par des charlatans.

Mais à l’arrière plan et au-delà de cette escroquerie assez évidente, il y a une tromperie ou une auto-tromperie bien plus subtile : il est largement admis — et même tenu pour acquis — que la « paix » est-ce qu’il faudrait pour résoudre le conflit israélo-palestinien. En d’autres termes : que ce qu’il faudrait, c’est un vrai processus de paix au lieu de l’imposture actuelle.

Cette croyance est partagée par presque tous les Israéliens corrects et éclairés (la soi-disant gauche israélienne) — c’est pourquoi ils se donnent collectivement le nom de « camp de la paix » et individuellement celui de « militants de la paix » — et elle est partagée par leurs amis et soutiens en Occident.

Les Sionistes de « gauche » de La Paix Maintenant de même que les Sionistes « modérés » et semi-Sionistes de Gush Shalom (le « Bloc de la Paix ») arborent cette auto-tromperie sur leurs badges. Le parti communiste israélien, non sioniste, stalinien devenu réformiste, insiste pour donner priorité aux slogans de paix.

Beaucoup des activités dans lesquelles ces braves gens s’engagent sont très louables : contestation de la politique et des actions oppressives des autorités israéliennes, et en particulier opposition à l’occupation post-1967. Certains d’entre eux montrent un réel courage moral et physique dans diverses actions de solidarité avec les Palestiniens opprimés. Néanmoins, le qualificatif de « militants de la paix » qu’ils se donnent à eux-mêmes révèle une profonde incompréhension de la nature du conflit israélo-palestinien et une illusion sur le moyen de le résoudre.

L’image évoquée est essentiellement symétrique : deux parties, deux nations, en guerre l’une contre l’autre, enfermées dans une série de batailles sur un morceau de territoire disputé. Pour mettre fin au conflit, les deux parties doivent arrêter la guerre, s’asseoir ensemble et faire la paix.

En réalité, c’est aussi l’image promue par la hasbarah (propagande) israélienne. Elle aime parler le langage symétrique de « guerre » et de « paix ». Ainsi, Israël et ses amis décrivent l’assaut sur Gaza à l’hiver de 2008-09, sous le nom de code « Opération Plomb Fondu », comme une « guerre ». En réalité, ce ne fut pas une guerre : il n’y eut pratiquement pas de combat. C’était un massacre unilatéral. De même, la diplomatie israélienne insiste pour désigner les territoires saisis par Israël en 1967 comme des territoires « disputés » — une description délibérément symétrique — plutôt qu’occupés.

Quant à la paix : personne ne la souhaite plus ardemment que la plupart des leaders israéliens. Je dis ceci avec à peine une trace d’ironie. C’est la vérité. Seuls très peu de gens — des psychopathes, des trafiquants d’armes et autres profiteurs de guerre, ainsi que quelques arrivistes cyniques et démagogues et des officiers militaires avides de promotion accélérée — préfèrent vraiment la guerre pour elle-même à toute espèce de paix. Je suppose que quelques uns des leaders politiques et militaires israéliens appartiennent en effet à chacune de ces catégories exceptionnelles. Mais la plupart des leaders Israéliens souhaitent réellement la paix — une paix aux conditions d’Israël : leur vœu le plus cher est que le peuple palestinien, dépossédé et dompté, accepte pacifiquement son sort et abandonne la lutte.

Un conflit colonial

La clé pour comprendre correctement le conflit est qu’il est extrêmement asymétrique : un conflit entre colonisateurs et peuple indigène. Il s’agit de dépossession et d’oppression. Comme ce fut le cas d’autres conflits coloniaux, le conflit israélo-palestinien a entraîné de véritables guerres entre Israël et les états voisins ; mais il s’agissait de retombées, de conséquences de la cause fondamentale : la colonisation sioniste de la Palestine. Alors que cette colonisation se développe et s’étend, Israël devra maintenir son hégémonie régionale en tant que sous-traitant local de l’impérialisme occidental et, sans aucun doute, provoquer de nouvelles guerres.

Dans les conflits coloniaux, les colonisateurs se considèrent toujours comme venant en paix, porteurs des cadeaux des lumières et du progrès. Ce sont les indigènes arriérés qui sont les agresseurs, recourant à la violence contre leurs bienfaiteurs. Cela oblige les colonisateurs à utiliser leurs forces supérieures pour dompter les agresseurs indigènes. Ces derniers ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Je suppose que c’est le genre de choses que mon ancien ami, le poète socialiste Erich Fried, avait en tête quand il écrivit ce poème :

Table rase

Maintenant les causes
combattent
leurs effets

si bien qu’on ne peut plus
les tenir
responsables des effets ;

car même
les rendre responsables
fait partie des effets

et les effets sont interdits
et punis
par les causes elles-mêmes.

Elles ne souhaitent
plus
rien savoir sur de tels effets.

Quiconque voit
avec quel empressement
elles poursuivent les effets

et dit encore
qu’elles y sont
étroitement liées

ne devra maintenant
blâmer
que lui même.

Alors que le but des colonisateurs est d’imposer la paix — selon leurs propres termes, et si nécessaire par la force — le peuple indigène tend à voir les choses assez différemment. Sa préoccupation n’est pas de faire la paix avec ceux qui le dépouillent, mais de résister à la dépossession. Pour cela il lui faut souvent venir en portant, non pas la paix, mais le glaive.

C’est pourquoi vous auriez bien du mal à trouver des militants de la paix parmi les Indiens d’Amérique ou les aborigènes australiens résistant à la colonisation au XIXe siècle, ou parmi les combattants algériens de la libération ou les militants anti-apartheid du XXe siècle.

Bien sûr, les militants de la paix israéliens ne soutiennent pas toutes les dures conditions de « paix »que leurs gouvernements veulent imposer au peuple palestinien (même si certains n’ont pas d’objection à certaines de ces conditions inégales). Mais avec leur définition réductrice de la question comme étant entièrement une affaire de paix, ils acceptent, consciemment ou non, un point de vue biaisé en faveur des colonisateurs.

Ce point de vue biaisé est incompatible avec l’internationalisme. Aussi les militants autoproclamés de la paix israéliens ne peuvent pas être de vrais socialistes. Les [vrais] socialistes israéliens, qu’ils soient Hébreux ou Arabes, combattent le projet sioniste et ses pratiques : colonisation, dépossession, discrimination ; et pour des droits égaux et une libération universelle.

La paix sera un résultat de la libération, pas son point de départ.

Moshé Machover
Weekly Worker, 7 octobre 2010.

Traduction de l’anglais par J.P Bouché (09.10.2010) :
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=9513
Texte original en anglais (07.10.2010) :
http://www.cpgb.org.uk/article.php?article_id=1004122

Toutes les versions de cet article :
- Why I am not an Israeli peace activist