écrits politiques

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Déstabilisation diplomatique contre les adversaires d’Israël
Syrie : Sarkozy répète les erreurs de Chirac

En changeant d’attitude à l’égard de la Syrie, le président français Nicolas Sarkozy commet la même erreur que son prédécesseur Jacques Chirac, qui s’était retourné contre le président Bachar el-Assad au lendemain de l’occupation de Bagdad par les Américains.

16 mai 2011

De pourfendeur de l’unilatéralisme des Etats-Unis, de farouche opposant à l’invasion de l’Irak, et de partenaire politique stratégique de la Syrie, Chirac s’était transformé en simple suiveur de Washington, se contentant des miettes et rendant des services à l’administration de George Bush, le plus important étant l’élaboration de la résolution 1559 de l’Onu.

A cette époque, Chirac avait imaginé que l’invasion de l’Irak marquait le début d’un nouvel ordre au Moyen-Orient et que si la France souhaitait y conserver une petite place, elle devait s’aligner sur les Etats-Unis, aux dépens de sa relation spéciale avec la Syrie.

Sarkozy suit le même chemin. Il a pensé qu’en participant aux frappes de l’Otan contre la Libye, il se réservait une place de choix dans le plan américain qui lui permettrait de compenser ses échecs et ses pertes en Afrique, notamment en Tunisie, au Soudan et dans d’autres pays d’Afrique Noire, où l’Oncle Sam est venu lui disputer ses dernières zones d’influence. En s’investissant dans la campagne de pressions diplomatiques et politiques contre la Syrie, il espère cueillir les fruits de cet alignement sous forme de contrats pétroliers et de projets de reconstruction dans la Libye post-Kadhafi.

Pourtant, en sa qualité de ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy était bien placé pour connaitre l’étendue des pertes essuyées par la France à cause de son hostilité vis-à-vis de la Syrie. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a changé d’attitude à l’égard de Damas dès son élection, préférant bâtir une relation de coopération avec le président Bachar el-Assad, qui n’a apporté que des avantages à la France sur les plans sécuritaire –la lutte contre le terrorisme-, économique –le retour de la France en Syrie-, et politique, avec le rôle de premier plan joué par Paris au Liban et dans d’autres dossiers du Moyen-Orient.

Mais voilà que le président français se place en tète des Etats qui, par leur action, jouent la carte de la déstabilisation de la Syrie, adoptant un seul point de vue et ignorant les réalités du terrain, où les groupes islamistes extrémistes, sous couvert des manifestants pacifiques réclamant des réformes légitimes, mènent une insurrection armée qui a déjà fait quelque 120 morts et 350 blessés dans les rangs de l’armée et de la police syriennes. Et lorsque les activistes fanatiques ont été arrêtés et emprisonnés, les Syriens ont pu manifester, vendredi 13 mai, sans que les rassemblements ne se transforment en façades pour les hommes armés. Le bilan très peu élevé des victimes, comparé aux autres semaines, en est la preuve vivante. De même que Sarkozy fait semblant de ne pas savoir que le président Assad a engagé des réformes profondes qui permettront de moderniser la Syrie en accordant plus de libertés politiques et médiatiques.

L’ambassadeur de France à Damas, Eric Chevallier, s’efforce, dans ses rapports, de mettre en relief cette dimension de la crise en Syrie, ainsi que la volonté de réforme du président syrien, mais personne ne veut l’écouter.

En fait, ce ne sont pas les réformes qui intéressent l’Occident mais les alliances régionales de la Syrie ainsi que les constantes nationales qu’elle défend depuis plus de 40 ans. Les émissaires qui viennent à Damas ainsi que les messages indirects adressés à la direction syriennes n’évoquent pas « les libertés et la démocratie », mais la nécessité de rompre l’alliance avec l’Iran, de cesser le soutien aux mouvements de résistance libanais, palestiniens et irakiens, et la reprise des négociations de paix directes et inconditionnelles avec Israël.

Ce que George Bush et Jacques Chirac n’ont pu obtenir de la Syrie, Barack Obama et Nicolas Sarkozy ne l’obtiendront certainement pas. Ils s’en rendront compte à leurs propres dépends. Il est encore temps qu’ils se rattrapent en mettant de coté les outils de pressions et d’intimidation qui ont prouvé leur inefficacité avec la Syrie.

New Orient News (Liban)
Tendances de l’Orient No 31, 16 mai 2011.