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Soixante-trois ans après l’expulsion des natifs Palestiniens
La « Marche du retour » réajuste la boussole

Soixante-trois ans après la Nakba, la troisième génération de réfugiés palestiniens -dont les parents et les grands-parents ont été chassés de leur terre par les organisations terroristes sionistes- a crié à la face du monde son refus d’oublier ses racines et sa détermination à récupérer ses droits inaliénables.

16 mai 2011


15 mai 2011 - Des manifestants palestiniens portent leurs camarades assassinés par les troupes israéliennes à la frontière entre le Liban et Israël (Photo : Hassan Bahsoun - Newscom)

En organisant la « Marche du retour », les Palestiniens de la diaspora ont, dans un formidable sursaut, démenti toutes les analyses qui évoquaient la fin du « mythe du retour ». Et en réprimant sauvagement ce mouvement pacifique (Voir ci-dessous), les Israéliens ont confirmé ce qu’ils ont tenté, avec leurs alliés arabes et occidentaux, de faire oublier : la nature barbare de leur Etat.

La « Marche du retour » intervient à un moment crucial dans l’histoire des Arabes, marqué par la chute des régimes pro-américains de Tunisie et d’Egypte, et par les tentatives de déstabilisation de la Syrie, dernier pays arabe réellement indépendant politiquement et bastion du panarabisme. Les dizaines de milliers de réfugiés palestiniens, venus des camps de Syrie, du Liban, de Jordanie et des territoires palestiniens occupés, sont venus rappeler que la Palestine reste la cause centrale des Arabes, à un moment où des efforts gigantesques sont déployés pour faire oublier cette injustice infligée à tout un peuple.

Cette initiative a également rappelé aux Arabes et aux Palestiniens que leur ennemi, véritable et unique, reste Israël, à une époque où des tentatives sournoises, déployées par l’Occident et certains pays arabes, essayent de les détourner de leur vrai objectif en créant une animosité artificielle irano-arabe, et en leur faisant croire que le danger qui les guette vient d’Iran et non pas de l’Etat raciste qui a volé leur terre et qui menace, tous les jours, leur existence en tant que nation indépendante.

La « Marche du retour » a aussi réaffirmé le rôle central de la Syrie dans le conflit israélo-arabe. Une Syrie en proie depuis des semaines à des troubles violents dans le but évident de la déstabiliser pour, justement, la détourner de ses réelles préoccupations afin de soulager Israël et ses amis arabes.

En permettant aux milliers de réfugiés palestiniens d’arriver jusqu’au Golan occupé pour passer dans le village de Majdal Chams, Damas a d’abord apporté un démenti cinglant à tous ceux qui l’accusent de maintenir un calme olympien sur ce front, et a adressé un message fort à tous ceux qui veulent l’entendre : quelle que soit l’ampleur des pressions externes et internes exercées contre elle, la Syrie ne perdra jamais le Nord et sait pertinemment que la vraie bataille se déroule contre les Israéliens et nulle part ailleurs. Elle a prouvé que son influence reste décisive sur le principal dossier du Moyen-Orient en dépit des pressions et du chantage dont elle est victime.

Face aux événements du dimanche 15 mai, Israël était désemparé, surpris et déstabilisé. Sa première réaction a été de tirer sur la foule et d’accuser nommément le président syrien, Bachar el-Assad, d’être responsable de ces incidents. Une accusation qui n’a nullement intimidé les autorités syriennes qui ont dénoncé les crimes de l’Etat hébreu et appelé les Nations unies à assumer leurs responsabilités. Une source responsable du ministère syrien des Affaires étrangères a ainsi affirmé que la Syrie, qui se tient fermement aux côtés des droits du peuple palestinien et qui a soutenu sa résistance pour la récupération de ses droits légitimes et la libération de ses territoires occupés, salue, à l’occasion de la commémoration de la Nakba, les martyrs de la nation arabe qui se sont sacrifiés durant des décennies pour la victoire de la cause palestinienne.

La même source affirme que le mouvement populaire palestinien de dimanche est intervenu suite au mépris par Israël des résolutions de la légalité internationale et à sa persistance dans l’usurpation des terres et des droits arabes et à sa dérobade face aux exigences de la paix juste et globale. « La Syrie condamne vivement les pratiques israéliennes criminelles commises contre notre peuple dans le Golan syrien, en Palestine et au Sud-Liban, faisant des martyrs et des blessés », a conclu le ministère des Affaires étrangères.

En versant leur sang en ce dimanche 15 mai, les petits-enfants de la Nakba ont réajusté la boussole. Ils ont rappelé que pour les Arabes, elle ne peut indiquer qu’une seule direction : celle de la Palestine.

Commémoration du 63ème anniversaire de la Nakba

Les troupes israéliennes ont ouvert le feu sur des manifestants civils aux frontières avec la Bande de Gaza, le Liban et la Syrie sur le plateau occupé du Golan, dimanche, lors des rassemblements pour le 63ème anniversaire de la Nakba, la « catastrophe », représentée pour les Arabes par la création d’Israël, en 1948. Au moins 22 personnes ont été tuées et 350 autres blessées. Les incidents les plus meurtriers se sont produits au Liban-Sud et sur le plateau syrien du Golan, occupé et annexé par Israël.

Des milliers de manifestants venus de Syrie se sont massés près de la frontière. Plusieurs centaines ont forcé le passage pour pénétrer dans le village occupé de Majdal Chams. Les soldats ont ouvert le feu pour les en empêcher. Dix personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées. Deux manifestants au moins sont morts à l’intérieur du Golan occupé, quatre morts étaient signalés côté syrien. Les manifestants sont des Palestiniens vivant dans des camps de réfugiés en Syrie. L’un de ceux qui ont franchi la frontière, interrogé sur la chaîne israélienne Channel 2, a dit être un habitant du camp de réfugiés de Yarmouk. « Je suis un Palestinien de Nazareth », a-t-il ajouté. La chaîne a diffusé des images, prises par un habitant du village de Majdal Chams, frontalier du Golan, de ce qu’elle a présenté comme une manifestation pro-palestinienne dans les rues du village. Israël a occupé le Golan lors de la guerre israélo-arabe de 1967. La Syrie réclame la restitution de ce territoire, Damas exigeant qu’il figure dans tout accord de paix qui serait conclu avec Israël.

A une quarantaine de kilomètres à l’ouest du Golan, au moins dix personnes ont été tuées dans le village frontalier de Maroun el-Ras au Liban-Sud. Les militaires israéliens ont ouvert le feu sur des manifestants qui avaient atteint la barrière à la frontière et commencé scander des slogans hostiles à Israël : « Par notre âme, par notre sang nous nous sacrifierons pour toi Palestine », criaient-ils. Des réfugiés palestiniens avaient gagné le village dans des cars décorés d’affiches proclamant « Nous revenons ». Beaucoup venaient des 12 camps de réfugiés palestiniens au Liban, qui abritent quelque 400000 personnes. Dans la Bande de Gaza, deux personnes ont été tuées et une quarantaine d’autres blessées lors d’une manifestation près de la frontière israélienne, selon les secours palestiniens. Des manifestations ont aussi eu lieu en Cisjordanie. Dans un camp de réfugiés près de Jérusalem, les soldats ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des groupes d’individus qui lançaient des pierres. A l’intérieur même du territoire israélien, les forces de police étaient placées en état d’alerte élevé.

Dans la Bande de Gaza contrôlée par le Hamas, son homologue Ismail Haniyé a estimé devant des milliers de personnes que les Palestiniens marquaient cette journée avec le « grand espoir de mettre fin au projet sioniste en Palestine ». Les Palestiniens commémoraient la Nakba, qui avait entraîné l’exode de centaines de milliers de Palestiniens. Le sort des millions de réfugiés et leurs descendants reste l’une des questions-clé d’un processus de paix israélo-palestinien dans l’impasse. Sur Facebook et d’autres réseaux sociaux sur Internet, des militants avaient appelé les Palestiniens et leurs soutiens dans d’autres pays à manifester aux frontières d’Israël.

En Egypte, pour prévenir tout incident, l’armée avait installé au moins 15 barrages routiers, gardés par des chars et des blindés, le long de la route entre la ville d’El-Arish et le point de passage de Rafah avec la Bande de Gaza. Les militaires refoulaient toutes les personnes ne résidant pas dans ce secteur.

Par ailleurs, à Tel-Aviv, une personne a été tuée et 17 autres ont été blessées par un camion qui a percuté plusieurs véhicules et renversé des piétons. Le conducteur, qui a été arrêté, est âgé de 22 ans et habite Kafr Kassem, village arabe du centre d’Israël, où les organisations terroristes juives avaient perpétré un odieux massacre, en 1948.

Samedi, un Palestinien de 17 ans blessé par balle la veille lors d’une manifestation à Jérusalem avait succombé à ses blessures. Il avait été blessé dans le quartier de Silwane, haut lieu de tensions, alors que des Palestiniens lançaient des pierres en direction de policiers et de colons israéliens armés.

New Orient News (Liban)
Tendances de l’Orient No 31, 16 mai 2011.