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La politique d’Obama au Proche et Moyen-Orient
Le lobby pro israélien torpille le plan Baker-Hamilton

Lorsque le projet des néoconservateurs a échoué sous les coups de boutoirs des résistances irakienne, libanaise et palestinienne, l’establishment US a décidé de réagir pour empêcher l’effondrement total de l’empire, en créant une commission bipartisane appelée Baker-Hamilton.

30 mai 2011

Cette commission a publié une série de recommandations basées sur deux principes : la conclusion d’arrangements avec la Syrie et l’Iran pour assurer un retrait honorable d’Irak, et contraindre Israël à accepter un plan de paix reposant sur la création d’un État palestinien en Cisjordanie et Gaza et sur la restitution du Golan à la Syrie.

Après l’élection de Barack Obama, beaucoup ont cru, à tort, que le nouveau président états-unien mettrait immédiatement en œuvre les recommandations de la commission Baker-Hamilton.

On peut déduire, après le discours d’Obama devant l’AIPAC et les politiques agressives de Washington à l’égard de Téhéran et de Damas, que le lobby sioniste, sous la direction de Benyamin Netanyahu, a achevé son coup d’État contre la tendance Baker-Hamilton. Le Premier ministre israélien a réussi à pousser les États-Unis à adopter des politiques offensives, au service de l’État hébreu, dans le but d’enterrer définitivement la paix juste et globale en refusant le droit au retour des réfugiés palestiniens et en consacrant le fait accompli né de la colonisation à outrance de la Cisjordanie et de la judaïsation de Jérusalem. Ces nouvelles réalités sapent les fondements même du futur État palestinien. Les pressions exercées sur la Syrie et l’Iran visent à soumettre ces deux pays, les seuls qui ont encore une politique indépendante vis-à-vis de l’Occident dans la région, à l’hégémonie israélienne. Le même sort est réservé aux mouvements de résistance libanais et palestiniens.

Lors des élections de mi-mandat, en novembre 2010, le lobby sioniste a prouvé ses capacités à influer sur les politiques de la Maison-Blanche concernant la colonisation et la judaïsation, dans ce qui pouvait être considéré comme la première manche de la confrontation entre l’État hébreu et l’administration US. À la veille du début de la campagne électorale présidentielle, le congrès de l’AIPAC est venu asséner le coup de grâce aux recommandations de la commission Baker-Hamilton. Barack Obama, les membres de son administration et les élus du Congrès, se sont honteusement soumis à la volonté d’Israël. Tous les paris et illusions de certains arabes sur la possibilité de libérer les États-Unis de l’influence israélienne se sont effondrés. À défaut de processus de paix, Obama dirige une opération de fusion stratégique entre les USA et Israël, et tous les pays de la région sont sommés de se soumettre à ses impératifs.

La demande formulée par le secrétaire à la Défense, Robert Gates, dernier gardien des recommandations du groupe Baker-Hamilton —il faisait lui-même partie de cette commission— de proroger le délai de présence des troupes états-uniennes en Irak, plante le dernier clou dans le cercueil de cette fameuse initiative, qui visait à contenir les conséquences catastrophiques de l’échec des néoconservateurs au « Moyen-Orient élargi ».

Le nouveau pari des États-Unis est construit sur une alliance avec les Frères musulmans. Mais les événements en Égypte montrent que la nouvelle génération de militants de cette confrérie, ainsi que le mouvement révolutionnaire dans son ensemble, vivent un éveil politique qui s’articule autour de la question de la Palestine. Le refus de la direction des Frères de participer à la manifestation du 27 mai marque le début du divorce entre la confrérie et la jeunesse révolutionnaire, y compris une partie de sa base. La vieille garde des Frères préfère, visiblement, conclure des arrangements avec les généraux du Conseil militaire suprême, alliés du Pentagone.

Entre la fusion stratégique avec Israël, la fièvre révolutionnaire des jeunes en Égypte, et l’échec manifeste du complot contre la Syrie, les États-Unis vont vivre des moments difficiles au Moyen-Orient. D’autant plus difficiles qu’un mouvement déterminé, comprenant des sunnites et des chiites, hostiles au maintien des GI’s en Irak, commence à voir le jour.

Nouvel élan pour la cause palestinienne

La victoire de la Résistance libanaise en l’an 2000, qui a contraint Israël à se retirer du territoire libanais sans contrepartie politique, a constitué une source d’inspiration pour les Palestiniens. Les efforts frénétiques de l’Occident visant à réduire le conflit à sa dimension israélo-palestinienne, en lui ôtant sa dimension arabe, ont échoué. Les réalités ont prouvé l’impossibilité d’isoler les uns des autres les volets de l’étau dans les pays directement concernés par le conflit avec Israël. Pendant des décennies, la Syrie a résisté aux blocus et aux pressions destinés à briser ses relations avec les mouvements de résistance dans le but de la pousser à la reddition en acceptant des compromis au détriment de ses droits nationaux dans le Golan.

Entre temps, les Palestiniens ont réussi à libérer Gaza en obligeant le « dur » Ariel Sharon à s’enfuir de la bande. Ils ont également réussi à défendre l’étroit territoire face aux agressions israéliennes et aux énormes pressions occidentales, conduites par les États-Unis, qui ont honteusement foulé aux pieds leurs principes démocratiques en refusant de reconnaitre la victoire du Hamas aux élections de en janvier 2006, surveillées par des observateurs venus d’Europe et d’Amérique.

Les nouvelles situations issues des révolutions au Moyen-Orient montrent que les peuples arabes, notamment en Égypte et en Jordanie, restent attachés à leur cause centrale, celle de la Palestine. En dépit de la signature des accords de paix de Camp David et de Wadi Araba, ces peuples ont refusé toute normalisation avec une entité qui a spolié la terre des Palestiniens.

La détermination des États-Unis et de l’Europe à imposer l’hégémonie israélienne s’illustre dans l’adoption du projet d’« État juif », qui passe obligatoirement par le refus du retour des réfugiés palestiniens, la liquidation de la présence palestinienne en Cisjordanie, l’accentuation des pressions sur les arabes des territoires de 1948, et la judaïsation de Jérusalem.

L’occupation israélienne a pratiquement torpillé les fondements du projet des deux États et l’a transformé en slogan creux que les Palestiniens ne sont même pas autorisé à concrétiser symboliquement aux Nations unies à cause de la menace de sanctions et de représailles de Washington.

L’éveil des Palestiniens qui s’est manifesté lors de la marche du retour du 15 mai, et l’effervescence populaire en Jordanie et en Égypte autour de la Palestine, présagent que la lutte des Palestiniens va connaitre un nouvel élan à la lumière des réalités consacrées par les victoires de la Résistance libanaise en l’an 2000 et en 2006.

New Orient News (Liban)
Tendances de l’Orient No 33, 30 mai 2011.